Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 00:21
Bio:

Varsovie 1897 / Paris 1953

    Entre une mère polonaise et un père français, les 20 premieres années d'Epstein se déroule entre la Pologne, la Suisse et la France. Après une licence en sciences et un intérêt pour la médecine, il s'intéresse à la poésie, à la philosophie et au cinéma.
Avant d'entamer son premier film en 1922 en collaboration avec Louis Delluc: Pasteur, il écrit et publie des essais, des articles... comme Bonjour cinéma, La Lyrosophie, Le cinématographe vu de l'Etna... On le considère tout d'abord comme un cinéphile qui théorise sa passion avant de passer à l'acte.
En 1923 Epstein est pris sous contrat a Pathé, qui lui commande 3 films où "il affirme un style élégant, un sens du rythme obtenu autant par la mobilité de la caméra que par un montage audacieux". Vers la fin des années 20, on le voit s'affirmer aussi bien dans la réalisation et la publication de textes théoriques. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il participe à la première vague avant-gardiste au cinéma: l'impressionisme français (mouvement cinématographique recherchant des formes nouvelles de rythme, d'images par le biais de procédés techniques).
Il réalise en 1928 La chute de la maison Usher, film qui n'aura pas le succès attendu.
Dans la deuxième partie de sa vie, Eptsein se tourne vers un cinéma plus documentaire et laisse ainsi le cinéma d'expérimentation. Il délaisse l'esthétisme de ces débuts pour se découvrir un nouveau regard en complicité avec le monde qui l'entoure.


Résumé
:

Allan rend visite à son ami Roderick Usher qui habite un lugubre manoir situé en pleine campagne avec sa femme Madeline. Roderick Usher peint sa femme sans relâche lors de séances de pose qui semblent épuiser cette dernière.
Alors que Roderick peint le portrait de Madeline, celle-ci s’effondre et meurt. Roderick continue de peindre comme si son modèle lui faisait toujours face. Allan le ramène à la réalité et lorsque le docteur annonce à Roderick la mort de sa femme le propriétaire du manoir nie l’évidence jusqu’à s’opposer à ce que le cercueil enfermant sa compagne soit cloué. Allan, Roderick et le médecin emportent le cercueil pour le déposer dans une crypte à quelques pas du manoir.
La vie sans Madeline devient alors monotone et ennuyeuse. L’atmosphère entourant le manoir et ses habitants devient un peu plus macabre et mortifère. Par une nuit d’orage, Madeline réapparaît à son mari qui la rejoint tandis que la maison prend feu puis s’écroule sous les yeux des protagonistes ayant pris la fuite.


Le Gros Plan dans le film:

Le gros plan est une spécificité du cinéma, et de la photographie, qui permet, d'après les avant-gardistes des années 20, de l'affranchir des autres Arts. Comme Epstein le dira par la suite "c'est l'âme du cinéma". On lui attribu des valeurs telles que des forces émotionnelles, une défiguration par grossissement, un révélateur psychique et mental, valorisation ou dévalorisation d'un objet ou d'une personne...
L'émotion que peut provoquer le gros plan vient d'une forme de "fétichisation qui survalorise l'objet" soit de manière négative (dégoût, peur, répulsion...) ou bien de manière agréable (un certain plaisir du pouvoir d'inquisition de l'oeil sur ce qui lui est montré). Le trouble peut venir aussi de l'absence de hors-champ qui nous prive en somme de toutes informations extérieures. D'après Eseinstein, nous pouvons distinguer deux gros plans: celui de l'appréciation de ce qui est vu et celui (américain) qui est lié à la vision. Le premier nécessite de ressortir ce qu'il y a d'essentiel et de plus significatif tandis que le deuxième s'appuie plus sur les conditions physique de la vue, c'est-à-dire que le réalisateur insiste sur un élément important de l'action en passant par le jeu du gros plan. Dans le film d'Epstein, La chute de la maison Usher, nous nous rapprochons beaucoup plus de la première définition. Deleuze parle "d'image-affection" ce qui amène le gros plan à devenir "expression". La matière première du gros plan sert à révéler l'âme des personnages ou des choses, comme si la vie découlait des êtres vers les choses.
       Dans le film le gros plan n'a pas de fonction illustratrice, il n'est pas forcément au service du spectateur et de sa compréhension du film. Nous sommes mis en garde dès les premières minutes du film, lorsqu'Allan commence à lire la lettre de son ami; il sort une loupe, objet supposé nous aider à mieux voir certaines informations, pourtant on nous laisse en suspend, on ne peut rien voir, la loupe qui aurait dû être à notre service devient l'objet qui anéanti notre curiosité. On le ressent une nouvelle fois losqu'il découvre et regarde l'arbre généalogique de Roderick, l'objet utile n'émane plus de la loupe mais des intertitres, ce qui devait être lisible devient illisible. L'effet de révélation perd son sens dans ces deux scènes ce qui déroute le spectateur.
       Le gros plan à pour utilité, ici, le dégagement d'une entité, "nous ne voyons pas un lâche courrir mais la lâcheté en personne". Epstein parle de "sentiment-chose", le fait que nous ne voyons pas un personnage en train de... mais la "personnification" d'un sentiment, d'une émotion. Le simple fait de voir, par exemple, le personnage d'Usher presque fou devant sa toile, nous voyons en faite la folie elle-même. Usher perd son statu de personnage pour ne laisser transparaitre que la folie.
       Epstein considère l'aspect anthropomorphique des choses, l'objet prend la place du sujet tel la peinture qui se veut "vivante" pour Usher. On lui confère un statu d'être vivant. On peut rapprocher la notion de création divine à celle de la création artistique. En effet Usher croit donner vie à son tableau, la main de l'artiste devient la main de "dieu". On constate qu'il y a de nombreux gros plans sur les mains de ce personnage, d'ailleurs c'est la première partie du corps que nous voyons chez lui. D'abord immobiles telle une statue, puis mobiles, elles se crispent, se détendent comme si elles pennaient vie. A la suite du film, elles deviennent essentielles, tout d'abord dans sa frénésie totale de peindre, l'action du mouvement de la main allant de la palette à la toile et de la toile à la palette. Cet aspect est mis en valeur, aussi, grâce à la scène de la mort de sa femme. Au fur et à mesure de son dépérissement, le cadrage se fait plus serré, et avec l'aide des surimpressions, on voit apparaitre, au ralentit, les différentes étapes de son évanouissement, jusqu'à voir un arrêt sur image qui a tout l'air de ressembler à la vierge Marie en négatif; cela donne une note picturale digne d'une photographie ou bien même plus simplement celle d'une peinture achevée. Le caractère religieux de cette scène nous est rappelé sur son lit de mort, évoquant Mantegna Le Christ mort. Nous pouvons parler, dans un deuxième temps, des gros plans de ces mains jouant de la guitare. Cela donne un caractère étrange au film et au personnage, tout d'abord car c'est un film muet puis deuxièment il émane une sorte de mélancolie; on se doute que l'air musical est lent et cela confère un caractère transcendantal, voire mystique. Si nous reprenons le terme d'entité, les mains d'Usher deviennent une expression de l'acte de création artistique et divine.
    En général, les gros plans, du film d'Epstein, ne sont pas longs et se succèdent de manière rapide. Ils donnent un rythme visuel; pouvons-nous mettre en rapport la nervosité du personnage principal, à celle du montage? L'importance du mouvement et du gros plan est prépondérante dans ce film. Il permet de voir les sentiments, sensations et émotions... à l'état primaire, on pourrait même dire de façon brut et brutale. Le simple fait de montrer successivement des gros plans du visage d'Usher face à son oeuvre, les allers retours de son pinceau allant de la palette à la toile... on se retrouve dans une triangularité, une sorte de machine répétant sans cesse le même mouvement plusieurs fois dans le film. Comme si, au fur et à mesure de l'avancée du film, le temps ne s'y déployait plus comme au début. Dans la seconde moitié du film, on se retrouve projeté, dans une autre conception du temps. Ce rapport change, car nombreux sont les gros plans sur le pendule, son mécanisme, l'aiguille qui tourne... La maison semble inanimée, vide de contenu et de sens. La triangularité mains / pinceau / toile change et laisse place aux mains, à la guitare et au pendule. L'accent est mis dans cette deuxième partie du film à un nouveau espace temporel. Le jeu du temps commencera et se finira donc rapidement avec l'arrivée de sa femme, toujours vivante. Le foisonnement des images nous abonne à l'éveillement de nos sens durant tout le film.

Par -Critik aléatoire d'un certain cinéma-
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 00:16

                    La fin des années trente est marquée par plusieurs innovations techniques: invention de la télévision, premier film parlant (Le chanteur de Jazz) et en couleurs (de G. Eastmann).
La citation de P. Valéry, utilise les termes de "nouveautés techniques". Le mot "technique", du grec tecnê (habilité, art...), est le synonyme d'art, au sens de savoir faire dont la mise en oeuvre permet d'obtenir "volontairement un résultat déterminé". Pourtant l'art du XX ème siècle ne cherche pas à avoir un résultat déterminé à l'avance. Ce peut-être le fruit du hasard, de recherches, d'expérimentations... L'invention de la photographie a aidé l'artiste à se libérer de sa technique pour pouvoir s'identifier plus à l'expression d'une nouvelle forme de création artistique. Nous verrons dans une première partie "les nouveautés techniques" en s'appuyant sur l'apparition de la photographie (nous utiliserons, surtout, les textes de W. Benjamin et de C. Baudelaire). Nous verrons aussi les différentes approches artistiques et techniques des oeuvres de la première moitié du XXème siècle. Dans un deuxième temps, nous insisterons sur les techniques et merveilles du monde de l'art dans la seconde partie de ce siècle. On remarquera ainsi la naissance d'un nouveau langage artistique, théorique...


                     L'art moderne s'élabore progressivement entre 1850 et 1914 à Paris, capitale intellectuelle et artistique du monde occidental. L'art officiel dominé par le classicisme et l'académisme rejette les avant gardistes qui, prenant en compte la révolution industrielle et scientifique, boulverse la vision du monde et de l'Homme héritée de la Renaissance. Le choc engendré par la première guerre mondiale sur les consciences et les esprits accentue cette révolution culturelle qui s'impose aux masses dans les nouveaux médias (presse, cinéma, radio...). Dans les années trente, face à la montée des tensions sociales et idéologiques, les intellectuels et les artistes ne peuvent rester indifférents.
La deuxième moité du XIXème est marquée par les nombreuses innovations techniques (l'invention de l'appareil photographique, le cinématographe...) et artistiques (Le romantisme, le réalisme, l'impressionnistes, le symbolisme et le début du cubisme). Ce siècle est marqué par la contestation académique de l'art jusqu'à, plutard, refuser la technique, la représentation, le sujet, les supports...
L'invention de la photographie déclenche chez les peintres une remise en question. Redoutable concurrente elle les oblige à repenser leur métier. Cependant cette rivalité va les libérer du problème de la ressemblance. Les artistes repensent leur "vision" non pas en terme de vraissemblance, mais plutôt comme un nouveau territoire poétique, symbolique ou, philosophique. De ce fait, la pratique de la photographie se démocratise.
      Dans un texte intitulé, Le public moderne et la photographie, Baudelaire critique l'usage de cette nouvelle technique et conteste sa place au sein de notre société. Elle s'impose et prend la place d'artistes doués d'un certain savoir faire. Il s'insurge sur le fait que la photographie soit considérée comme un art et qu'elle pourrait prendre la place de la peinture... "Comme l'industie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou paresseux pour achever leurs études. cet universel engouement portait non seulement le caractère de l'aveuglement et de l'imbécilité, mais aussi de la couleur d'une vengeance". Celle-ci n'est pourtant que le fruit d'une industrie et donc d'une mécanique. Et selon  J. Thélot, " La photo est un évenement moderne parce qu'elle met en place des oppositions claires: la technique contre l'art et la tradition" (La photographie comme fleur du mal) c'est-à-dire le développement et l'industrialisation de l'image contre l'autorité de la peinture. Ainsi on pourrait craindre que Baudelaire soit contre un système évolutif de la pensée artistique, par la photographie, qu'il y est une "dénaturation" de l'art par un procédé technique qui ne vaut pas le talent de l'artiste peintre, sculpteur... Pourtant, il écrit plus loin "La poésie et le progrès sont deux ambitions qui se haïssent d'une haine instinctive, et, quand ils se rencontrent dans le même chemin, il faut que l'un deux servent l'autre". Il s'y intéresse tout de même puisqu'il considère qu'il peut y avoir un rapport entre photo et poésie, (appuyons ici l'intérêt de l'amitié entre Nadar et Baudelaire) l'industrie vouée à "la reproduction, pouvait se mettre au service de l'art pictural comme autrefois l'imprimerie c'était mise au service de la poésie."(Pierre Damien Huyghe). Il faudra attendre les années vingt pour que la photographie franchisse la barrière qui la sépare du domaine de l'art. Ce sont les dadaïstes, puis les surréalistes ces dynamiteurs de codes, qui, en la mettant à l'épreuve de leurs interventions sauvages, l'introduiront dans "le saint des saints": surimpressions, solarisations, photomontages, collages, jeux optiques... La détourner de sa fidélité au réel en lui donnant une dimension onirique ou force graphique inégalable. Parallèlement, au milieu des années trente, on assiste avec W. Benjamin et L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, à une nouvelle conception de la pensée photographique, différente de celle de Baudelaire puisqu'il ne dénigre pas le fait d'un progrès réel. Mais plutot dans la façon de s'en servir. Avec la reproduction, comment différencier une oeuvre d'art original et son double. Il dresse la critique de la perte de "l'aura"; l'oeuvre perd ses caractéristiques fondamentales et de son authenticité. La notion de "original" est mis en péril avec la naissance du cinéma et de la photographie et on assiste à une modification de l'idée qu'on se fait de l'art, de ces techniques et donc de sa reproduction. La peinture ne bénéficie pas de son double puisque c'est une réalisation unique ("l'original conserve son autorité"), à l'opposé de la photographie qui de part son négatif est reproductible à "l'infini",    " le peintre est congédié par son technicien". Au fur et à mesure on constate dans, Petite histoire de la photographie, qu'une forme de commercialisation s'installe autour de l'appareil photographique. La poésie, le mystère, la beauté des premiers clichés de Nadar ou d'Atget, laisse la place aux albums-photos où l'on voit "Gertrude quand elle était petite, papa en première année de fac..." Benjamin parle de la chasse aux clichés, un certain besoin de possession commence à intégrer l'esprit de tous. Il cite L. Lichtwark "Il n'est à notre époque aucune oeuvre d'art que l'on considère aussi attentivement que sa propre photo, celle de ses proches, de ses amis ou de la femme aimée". Il n'y a plus de réelle distinction esthétique, sociale, ou artistique; ("l'oeuvre d'art" est accessible à tout ceux qui détiennent un appareil photographique).  Il décrit la généralisation de la production, à grande échelle, des oeuvres d'art, qui marque une véritable mutation dans l'histoire de l'art. Aujourd'hui, sur le point d'être totalement désacralisée, l'oeuvre a perdu de son "aura" c'est-à-dire l'unicité et la magie qui la définissait. "Si l'image traditionnelle se caractérisait par l'unicité et la durée, la reproduction est fugacité et répétition. Le phénomène de reproductibilité prend un double sens : les techniques de reproduction modifient la réception des oeuvres du passé, mais surtout les nouvelles techniques de production d'images et de sons s'imposent comme des formes nouvelles d'art : la photographie et le cinéma sont, si l'on peut dire, reproductibles par essence et non par accident". L'unicité est une des propriétés fondamentales qui font la valeur de l'oeuvre d'art. Lorsqu'elle est mise en danger par l'évolution des techniques, "mécanismes régulateurs" interviennent pour conserver à l'oeuvre d'art son originalité, c'est-à-dire sa rareté.

              L'art au début du XXème siècle boulverse et surprend un public accoutumé à un genre pictural et littéraire plus conventionnel et plus acédémique. Autrefois, les peintres se réclamaient d'un maître et l'apprentissage passait par la transmission d'une technique. A l'inverse, par définition, l'avant garde cultive le mythe de la "table raze". Elle transgresse les règles rejette le passé, remet volontier en question les valeurs traditionnelles. On voit s'organiser une nouvelle façon de pensée et donc des nouvelles techniques dans l'art du début du XXème siècle. Innovations dans le sens où l'art n'est plus le reflet du réel, figé, dans un cadre délimité; la peinture n'est plus une surface plane, n'a plus vraiment une réelle logique d'imitation. Picasso montre, avec Nature morte à la chaise cannée en 1912, qu'un objet quelconque peut, par l'intérêt que représente sa structure, sa matière ou sa couleur, remplacer les matériaux nobles utilisés autrefois. C'est dans cet esprit de totale liberté que Picasso réalise, par exemple, une tête de taureau avec une selle et un guidon de vélo... Le collage abolit la distance qui sépare la peinture à la sculpture en introduisant le volume à la surface d'un tableau et en contribuant à la réalisation d'oeuvres hétéroclytes en trois dimensions.
 L'artiste se libère et devient plus autonome, utilisant ainsi divers moyens pour y parvenir: la déformation, le mouvement, de nouvelles représentations de l'espace, un rejet de la "forme close", apparition de nouveaux matériaux... autant d'idées qui viennent à l'esprit de ces nouveaux "penseurs" du 20eme siècle.
      Avec l'amorce des futuristes (venue de la vie industrielle dans l'art, le mouvement, l'évolution "positive de l'homme dans sa technique"...) on assiste a une nouvelle forme d'art, celle de l'industrie, de la violence, de la vitesse, "du coup de poing"... Tous semblent rejeter le statique au profit de la vitesse et ils s'insurgent contre Baudelaire qui écrit ce vers célèbre " Je hais le mouvement qui déplace les lignes. " lls souhaitent fixer de manière quasi outrancière une représentation simultanée sur la rétine dans une mise en page presque cinématographique. Les plans sont resserrés sur les sujets, répétés à l'infini, dans un choc visuel faisant appel à la mise en scène et à des plans différents pour amener le spectateur à regarder dans tous les sens, comme s'il était désaxé. Parallèlement, Marcel Duchamp dont l'activité picturale résulte d'une méditation philosophique, veut détruire tout ce qui est relié à un art traditionnel. L'inattendu côtoie le monde scientifique et il utilise cela pour créer un univers de révolte où le génie se joue du dérisoire. La Roue de bicyclette, 1913, juchée sur un tabouret semble narguer les valeurs établies et parler de l'absurdité et de la réalité du monde à venir. Il introduit, à son époque, une nouvelle forme de contemplation, tout savoir faire ainsi que tout plaisir esthétique lié à la perception, s'annulent. On arrive à une période de dépassement du contexte même de l'oeuvre d'art. On assiste a une forme de désacralisation de l'objet qui implique une nouvelle relation avec celui-ci. Cette nouvelle forme artistique amène donc a changer notre regard, il n'y a plus de conformité visuelle. Le spectateur se retrouve face à ses sentiments, ses émotions du moments; d'après M. Duchamp, "c'est le regardeur qui fait l'oeuvre". Il introduit la notion de "présence obligatoire" du public. En effet, il ne se retrouve plus dans le monde muet et enfermé des toiles, il sort de son "anesthésie". Il veut rompre avec les attentes conventionnelles du public, il veut sonder ces limites, le mettre a l'épreuve dans sa compréhésion du monde et dans sa relation aux autres. Il est appelé à adopter une attitude active,  par son regard et sa réflexion critique qu'il donnera vie a l'idée de l'artiste.
      L'art devient un processus, il met l'accent sur l'individu en tant que sujet qu'il convient de replacer dans le contexte d'une nouvelle image de l'homme née de la biologie moderne (théorie évolutionniste de Darwin); de la psychanalyse (Freud); et de la philosophie (existantialisme et phénoménologie). Le spectateur est souvent interloqué pour ne pas dire choqué, en regardant des oeuvres qui se réduisent, semble-t'il, à un tableau au fond monochrome, ou encore une roue de vélo sur un tabouret de cuisine... Si le spectateur ne comprend pas la démarche qui, chez l'artiste a mené a ces oeuvres, il les regardera avec peu de tolérance. De surcroit, même s'il connait cette démarche, mais n'éprouve pas de plaisir esthétique, il sera peu indulgent et peu enclin à les considérer comme oeuvre d'art. Pourtant tout l'intérêt réside la dessus: la remise en cause  de la conception classique de l'oeuvre. Cet art est une nouvelle création de l'esprit humain qui se caractérise par une liberté de l'expression. C'est ainsi dénoncer un statut dérisoire, voire effrayant, de l'art; il le montre en exposant Fontaine (1917). Il investit l'artiste du pouvoir de "substituer la présentation à la représentation". Le ready-made libère l'artiste de l'obligation du savoir faire, et sous entend que l'idée prévaut sur le résultat final et remet au gout du jour L de Vinci qui définissait l'art comme "causa mentale". Cela implique que l'oeuvre  doit tendre a une forme d'élévation de l'esprit,  " la délectation de l'oeil succède à celle de l'esprit". Elle n'est plus considérée comme belle mais intelligente. Les formes, les couleurs, les matériaux et les cadrages n'ont plus la même signification, ils correspondent a un nouveau langage, une nouvelle théorie. Le "sculpteur machine" Jean Tinguely utilise des matériaux de récupération auxquels il redonne vie en utilisant des moteurs pour les animer. Il refuse le culte de l'objet neuf produit par une société de consommation. On parle d'une avancée technique de l'oeuvre et de son contexte social. La mécanique oscille entre art et artisanat; et entre savoir-faire et langage. Cela ne relève guère du métier traditionnel dont la maitrise force le respect. Ce procédé signe la naissance d'un changement esthétique et éthique dont découle la majorité des démarches actuelles.
En effet, l'art évolue dans la technique; c'est-à-dire que les nouvelles formes artistiques s'épanouissent en fonction de notre société. Au niveau cinématographique, rappelons qu'en 1928 sortait Un chien Andalou de Luis Bunuel qui montrait l'irrationnalité des images tout à fait dans l'esprit surréaliste. Le monde cinématographique n'est plus au service d'un récit linéaire, mais devient un art de filmer, un rêve, une sensation... C'est dans les années vingt où l'on commence à voir et à comprendre que le cinéma peut servir la cause de l'art à la même echelle de la toile du peintre. L'écran devient une peinture abstraite en mouvement, en un temps donné et perçu par le regard du spectateur; citons les oeuvres de Hans Richter, W Ruttmann...
       "La technologie constitue une des clés [...] de toute activité artistique. C'est à la fois un moyan et un obstacle à l'expression de nos idées. Cette tension est tout à fait vitale pour toute ouevre d'art". Dans le domaine artistique, les avancées technologiques amènent à repenser le rapport du créateur à la technique. Certains pensent que le numérique dépossède le créateur de sa singularité et réduit l’acte de création à des automatismes maciniques. Sur la question de la singularité on retrouve le rapport de la subjectivité de l'artiste face à l'objectivité de la technique. Elle est un moyen, un outil, "un mode de production". L'artiste contrôle et manipule ces tecniques mais il est aussi, en même temps, façonné, modelé à son insu par celles-ci puisqu'elles manipulent sa perception au monde. C'est que la technique, d'autant quand plus quand il s'agit de techniques figuratives, est également un "un mode de perception", elle oblige une certaine façon de voir, de concevoir, qui peut arriver à dépersonnaliser l'artiste, puisque ce mode de perception est impersonnel. Toute personne utilisant ces nouvelles techniques devra s'y conformer, apprendre à la maîtriser, la contrôler. Cependant, rajoutons que chacun de ces modes de création imposent de nouveaux codes, de nouvelles règles et des possibilités inhérentes à celles-ci. Il est vrai que l'artiste, des nouvelles technologies, doit passer le plus clair, voir obscur, de son temps devant son ordinateur avce une mobilité extrêmement réduite. La technique est un moyen, elle est intéressante et utilisée pour ce qu'elle permet ou pas. Chaque avancée technologique est une révolution en soi puisqu'elle amène quelque chose de nouveau, rendant les autres moyens caducs. Comme l'avènement de l'éclairage qui fut une révolution totale pour le théâtre et permis d'enterrer rampes, lustres, bougies... de la scène.
A partir des années soixante, grandit la notion d'art vidéo; la vidéo en tant qu'expression artistique naît de la rencontre de plasticiens, d'ingénieurs, et de directeurs de chaînes de télévision qui recherchent de nouvelles possibilités d'utilisation du médium vidéo. En effet, l'image omniprésente dans le monde de l'après guerre se voit manipuler, tranformer à des fins artistiques. Nam June Paik, artiste contemporain a contribué au développement de l'art vidéo avec ses installations, performances... Sans relation précise dans une linéarité, l'artiste dénonce notre société de consommation et individualiste. Il le met avant dans Boudha regardant la télé, l'artiste coréen nous montre un boudha authentique regardant sa propre image, simultanément, sur un poste de télévision. Le pixel de la vidéo, ou du numérique, empreintre le rôle de la matière picturale; c'est-à-dire la peinture, élément primaire, que le peintre dépose sur sa toile (tracet, reflet...) est repris par l'élément virtuel de la pixelisation. Des artistes comme J. Kosuth, B. Nauman, T. Kuntzel ou bien Dan Flavin utilise l'amorce du travail sur la vidéo pour en fait ne prendre qu'un élément essentiel: la lumière. La représentation de la lumière, source de toute expérience visuelle, a souvent constitué pour les peintres, une épreuve de vérité. Pour les artistes de la nouvelle technologie, elle est un matériaux physique réel, traité et exposé en tant que tel.

         "La peinture est une fenêtre ouverte sur le monde", l'art n'est qu'un point de vue subjectif. C'est l'Homme qui peind le monde et le façonne à sa manière, à son image. Si l'art n'est que la vision du monde par l'homme dans un cadre conjugant le temps et l'espace; l'art et la société ne font qu'un. L'art est alors un symbole de l'Être au sein du monde et le langage, donné à l'artiste, pour le donner à voir aux spectateurs.
La peinture, tout au long de l'histoire, est la vision de l'artiste sur son monde et son évolution. Il suit ainsi son temps comme le montre l'histoire de l'art (ainsi, on peut affirmer que l'art nécessite la durée).
La technique va apporter du "merveilleux" dans l'art, elle amène en permanence des possibilités jugées impossibles auparavant. C'est un domaine qui remet en cause notre rapport à l'image, à la réalité et c'est par là plus qu'un simple outil, plus qu'un moyen pour l'artiste... c'est aussi un domaine de réflexion, un lieu de recherches. L'art n'est plus le fantasme de la peinture mais devient de la réalité imputée au réel (art photographique et vidéos)
Par -Critik aléatoire d'un certain cinéma-
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 00:03
      La création artistique sous entend l'action de donner de l'existence, et de tirer l'oeuvre du néant. Serait on arrivé a une période où le cinéma est vide, n'a plus de signification? On peut parler ainsi d'un renouveau, d'une conception ou d'une élaboration d'un genre cinématographique passant par la technique et l'esthétique.
Dans un premier temps Leenhardt pose les limites de son texte. Il ne fait pas une thèse sur le cinéma et de son évolution historique, mais se base sur une période. D'après lui, le cinéma est confronté malgré lui à la confusion de deux aspects: esthétique et technique, ils posent ainsi les bases de la Nouvelle Vague et de la politique des auteurs de Truffaut. On peut ainsi dire que l'art du beau n'est pas celui des procédés d'où cette "ambiguité" pourtant si évidente. Un bon film ne réside pas dans la qualité de la caméra mais plutot grace à celui qui est derrière, celui qui crée la plastique d'un film, sa mise en scène. Dans un second temps, Lennhardt parle "d'évolution en cours", peut on parler de révolution? A ce moment une quantité d'ouvrages sur le thème d'un nouveau cinéma afflue. On voit ainsi se mettre en place un langage et une pensée cinématographique.

  C'est à partir des années vingt que naît une nécessité esthétique puisqu'on commence réellement à maitriser et mesurer les capacités techniques du cinéma.
Puis à la fin des années cinquante nous assistons à une "révolution" dans le milieu du cinéma. C'est à cette période que l'on peut distinguer l'ère classique et l'ère moderne. En effet pour certains critiques, le cinéma est arrivé à son terme, il faut changer certaines conceptions devenues trop lassantes. Même si la diversité des sujets est inépuisable, pour l'oeil affuté la mise en scène reste une technique mal expérimentée. Dans son introduction, Leenhardt parle de "plaisir esthétique" supposé être attractif à notre vision de spectateur puisque la phrase suggère "un sentiment de satisfaction désintéressé, éprouvé en présence de la beauté esthétique". La beauté prime ainsi sur la réussite artistique de l'oeuvre cinématographique. Nous sommes dans un univers de contemplation. Si l'on se réfere à des critères de qualité, les films qui se situent au plus haut niveau de la création cinématographique sont bien ceux qui contribuent magnifiquement à maintenir ce prodigieux attrait que le cinéma exerce sur des millions d'êtres. Il faut ainsi trouver le bon milieu entre ce "plaisir" physiologique et la création.
Dans la partie Evolution du style Leenhardt fais la critique des films se basant sur une matière dense de l'expression, par le biais du montage, des trucages, de la musique, le gros plan... qui pour lui ne sont nécéssaires car elles ne contribuent pas forcément à caractériser le style de l'oeuvre cinématographique. Ainsi le contenu secondaire du film est passé à la "trappe". Il faut ainsi épurer ce ciné dit de "tradition de qualité". On cherche la distinstion parmis les réalisateurs et donc à les "individualiser".
Le style classique amène forcément un style moderne, un art plus "polymorphes" plus libre et moins collectif. On se détache d'un système où le producteur est mis au premier plan et l'on privilégie la création par le biais de l'auteur. Truffaut, dans sa Politique des auteurs, reprend Lennhardt en voulant créer un art plus subtil, plus intellectuel.
Cela amènerais t'il à un nouveau public? En cherchant à personnaliser le cinéma, on personnalise le public en le divisant. Ainsi pourrait on parler d'un "art de la foule" et d'un art intellectuel. On peut voir apparaître des classes cinématographiques qui ne sont pas,sans rappeler, des classes sociales. D'après Morin, "le cinéma est une machine sociale" on met en évidence une facon de regarder.
Il n'y a plus 3 catégories: policier, drame et comédie, on va vers une multiplicité de genre où le style prime. Le cinéma n'est pas un "spectacle", ce ne doit pas être une industrie mais plutot une forme de liberté, Leenhardt parle de "profondeur dans la représentation", le spectateur doit aller au dela des apparences. On peut parler d'un nouveau genre d'éducation. le cinéma tend aussi à une certaine élévation de l'esprit et donc ne doit pas être qu'un art vulgaire où il est simple de se détendre, se divertir... L'appllation 7eme Art sous entend un épanouissement culturel.

   Dans le texte, le terme "évolution" apparaît souvent. On a vu qu'au sein de la réalisation se déroulait une nouvelle forme d'esthétique qui primait sur la technique. On remarque ainsi une amélioration des pensées cinematographiques puisqu'on parle d'un langage propre au cinéma.
au sens large, le langage signifie tout systeme ou esemble de signes permettant l'expression et la communication. C'est une institution universelle et spécifique de l'humanité. Dans la premier partie de son texte, Lennhardt parle du cinéma comme une "langue universelle" (apparition du terme 7eme art), methode d'expression privilégié du monde moderne. [C'est-a-dire la maniere dont l'artiste manifeste dans son oeuvre certains contenus psychologiques. Bazin parle d'aliénation, l'esprit de l'auteur doit "s'extérioriser, s'objectiver dans une oeuvre, mais aussi du même coup se rendre étranger a lui meme", processus par lequel l'esprit se perdant d'abord se retrouve et s'accomplit au travers de ses réalisations.] La langue est donc "l'instrument propre a une communauté humaine", ici français, "avec certains symboles, traduit de façon compréhensible ou pas dans une autre langue".
De nombreux philosophes, théoriciens et critiques se penchent sur ce nouveau moyen.
Cette expression permet comme nous l'avons dit precedemment d'individualiser et de personnifier le réalisateur, c'est a dire l'auteur par le biais de son écriture,  cinématographique, donc de sa parole. Citons A. Astruc et sa "camera stylo"; Il crée un systeme grammatical propre à cette nouvelle langue. Le realisateur devient auteur et artiste, il peut exprimer sa pensée comme dans un roman, un essai,... et faire jouer les acteurs comme au théâtre de façon complètement nouvelle. Mais peut il vraiment rivaliser avec l'ecriture? On prône malgrè tout l'attidude visuel du spectateur plutot que la lecture simple d'un bon livre.
On prend conscience du caractere "significatif et dynamique du cinéma" par la mise en scène et on donne la parole au cinéma; l'auteur parle indirectement à lui même, a des personnes proches , à un certain public... puisqu'il ne faut pas oublier son caractere social mais aussi identifiable. C'est a dire une facon d'attribuer et sous entendre le "Je" de l'oeuvre. La singularité et la différence crée un systeme de langage propre a chacun.

Lennhardt se rapproche de la definition: "Si l'art est une technique, un savoir faire, il suppose l'apprentissage d'un certain nombre de règles et de procédés, ainsi que l'acquisition d'une habilité. on peut ainsi dire que le cinéma a un but, la reussite plutot que la connaissance."

Par -Critik aléatoire d'un certain cinéma-
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Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /Déc /2008 23:52
Il est à peine minuit et une idée me démange... Pourquoi ne pas créer un blog sur le cinéma? Par la même occasion cela me permet d'en garder une trace "au cas où"...
Donc voilà, je vais mettre en ligne mes analyses et certaines critiques de films.  Je ne me pose pas comme une fine plume de la critique du Cinéma; je veux seulement mettre par écrit mon point de vue.
Que ça plaise ou non... et bien je m'en fou!
Ca me permettra peut-être de voir évoluer mes goûts, enfin si j'arrive à le tenir régulièrement!

Essayons... 
Par -Critik aléatoire d'un certain cinéma-
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Vendredi 26 décembre 2008 5 26 /12 /Déc /2008 19:45

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