Samedi 27 décembre 2008
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00:21
Bio:
Varsovie 1897 / Paris 1953
Entre une mère polonaise et un père français, les 20 premieres années d'Epstein se déroule entre la Pologne, la Suisse et la France. Après une licence en sciences et un intérêt pour la médecine, il s'intéresse à la poésie, à la philosophie et au cinéma.
Avant d'entamer son premier film en 1922 en collaboration avec Louis Delluc: Pasteur, il écrit et publie des essais, des articles... comme Bonjour cinéma, La Lyrosophie, Le cinématographe vu de l'Etna... On le considère tout d'abord comme un cinéphile qui théorise sa passion avant de passer à l'acte.
En 1923 Epstein est pris sous contrat a Pathé, qui lui commande 3 films où "il affirme un style élégant, un sens du rythme obtenu autant par la mobilité de la caméra que par un montage audacieux". Vers la fin des années 20, on le voit s'affirmer aussi bien dans la réalisation et la publication de textes théoriques. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il participe à la première vague avant-gardiste au cinéma: l'impressionisme français (mouvement cinématographique recherchant des formes nouvelles de rythme, d'images par le biais de procédés techniques).
Il réalise en 1928 La chute de la maison Usher, film qui n'aura pas le succès attendu.
Dans la deuxième partie de sa vie, Eptsein se tourne vers un cinéma plus documentaire et laisse ainsi le cinéma d'expérimentation. Il délaisse l'esthétisme de ces débuts pour se découvrir un nouveau regard en complicité avec le monde qui l'entoure.
Résumé:
Allan rend visite à son ami Roderick Usher qui habite un lugubre manoir situé en pleine campagne avec sa femme Madeline. Roderick Usher peint sa femme sans relâche lors de séances de pose qui semblent épuiser cette dernière.
Alors que Roderick peint le portrait de Madeline, celle-ci s’effondre et meurt. Roderick continue de peindre comme si son modèle lui faisait toujours face. Allan le ramène à la réalité et lorsque le docteur annonce à Roderick la mort de sa femme le propriétaire du manoir nie l’évidence jusqu’à s’opposer à ce que le cercueil enfermant sa compagne soit cloué. Allan, Roderick et le médecin emportent le cercueil pour le déposer dans une crypte à quelques pas du manoir.
La vie sans Madeline devient alors monotone et ennuyeuse. L’atmosphère entourant le manoir et ses habitants devient un peu plus macabre et mortifère. Par une nuit d’orage, Madeline réapparaît à son mari qui la rejoint tandis que la maison prend feu puis s’écroule sous les yeux des protagonistes ayant pris la fuite.
Le Gros Plan dans le film:
Le gros plan est une spécificité du cinéma, et de la photographie, qui permet, d'après les avant-gardistes des années 20, de l'affranchir des autres Arts. Comme Epstein le dira par la suite "c'est l'âme du cinéma". On lui attribu des valeurs telles que des forces émotionnelles, une défiguration par grossissement, un révélateur psychique et mental, valorisation ou dévalorisation d'un objet ou d'une personne...
L'émotion que peut provoquer le gros plan vient d'une forme de "fétichisation qui survalorise l'objet" soit de manière négative (dégoût, peur, répulsion...) ou bien de manière agréable (un certain plaisir du pouvoir d'inquisition de l'oeil sur ce qui lui est montré). Le trouble peut venir aussi de l'absence de hors-champ qui nous prive en somme de toutes informations extérieures. D'après Eseinstein, nous pouvons distinguer deux gros plans: celui de l'appréciation de ce qui est vu et celui (américain) qui est lié à la vision. Le premier nécessite de ressortir ce qu'il y a d'essentiel et de plus significatif tandis que le deuxième s'appuie plus sur les conditions physique de la vue, c'est-à-dire que le réalisateur insiste sur un élément important de l'action en passant par le jeu du gros plan. Dans le film d'Epstein, La chute de la maison Usher, nous nous rapprochons beaucoup plus de la première définition. Deleuze parle "d'image-affection" ce qui amène le gros plan à devenir "expression". La matière première du gros plan sert à révéler l'âme des personnages ou des choses, comme si la vie découlait des êtres vers les choses.
Dans le film le gros plan n'a pas de fonction illustratrice, il n'est pas forcément au service du spectateur et de sa compréhension du film. Nous sommes mis en garde dès les premières minutes du film, lorsqu'Allan commence à lire la lettre de son ami; il sort une loupe, objet supposé nous aider à mieux voir certaines informations, pourtant on nous laisse en suspend, on ne peut rien voir, la loupe qui aurait dû être à notre service devient l'objet qui anéanti notre curiosité. On le ressent une nouvelle fois losqu'il découvre et regarde l'arbre généalogique de Roderick, l'objet utile n'émane plus de la loupe mais des intertitres, ce qui devait être lisible devient illisible. L'effet de révélation perd son sens dans ces deux scènes ce qui déroute le spectateur.
Le gros plan à pour utilité, ici, le dégagement d'une entité, "nous ne voyons pas un lâche courrir mais la lâcheté en personne". Epstein parle de "sentiment-chose", le fait que nous ne voyons pas un personnage en train de... mais la "personnification" d'un sentiment, d'une émotion. Le simple fait de voir, par exemple, le personnage d'Usher presque fou devant sa toile, nous voyons en faite la folie elle-même. Usher perd son statu de personnage pour ne laisser transparaitre que la folie.
Epstein considère l'aspect anthropomorphique des choses, l'objet prend la place du sujet tel la peinture qui se veut "vivante" pour Usher. On lui confère un statu d'être vivant. On peut rapprocher la notion de création divine à celle de la création artistique. En effet Usher croit donner vie à son tableau, la main de l'artiste devient la main de "dieu". On constate qu'il y a de nombreux gros plans sur les mains de ce personnage, d'ailleurs c'est la première partie du corps que nous voyons chez lui. D'abord immobiles telle une statue, puis mobiles, elles se crispent, se détendent comme si elles pennaient vie. A la suite du film, elles deviennent essentielles, tout d'abord dans sa frénésie totale de peindre, l'action du mouvement de la main allant de la palette à la toile et de la toile à la palette. Cet aspect est mis en valeur, aussi, grâce à la scène de la mort de sa femme. Au fur et à mesure de son dépérissement, le cadrage se fait plus serré, et avec l'aide des surimpressions, on voit apparaitre, au ralentit, les différentes étapes de son évanouissement, jusqu'à voir un arrêt sur image qui a tout l'air de ressembler à la vierge Marie en négatif; cela donne une note picturale digne d'une photographie ou bien même plus simplement celle d'une peinture achevée. Le caractère religieux de cette scène nous est rappelé sur son lit de mort, évoquant Mantegna Le Christ mort. Nous pouvons parler, dans un deuxième temps, des gros plans de ces mains jouant de la guitare. Cela donne un caractère étrange au film et au personnage, tout d'abord car c'est un film muet puis deuxièment il émane une sorte de mélancolie; on se doute que l'air musical est lent et cela confère un caractère transcendantal, voire mystique. Si nous reprenons le terme d'entité, les mains d'Usher deviennent une expression de l'acte de création artistique et divine.
En général, les gros plans, du film d'Epstein, ne sont pas longs et se succèdent de manière rapide. Ils donnent un rythme visuel; pouvons-nous mettre en rapport la nervosité du personnage principal, à celle du montage? L'importance du mouvement et du gros plan est prépondérante dans ce film. Il permet de voir les sentiments, sensations et émotions... à l'état primaire, on pourrait même dire de façon brut et brutale. Le simple fait de montrer successivement des gros plans du visage d'Usher face à son oeuvre, les allers retours de son pinceau allant de la palette à la toile... on se retrouve dans une triangularité, une sorte de machine répétant sans cesse le même mouvement plusieurs fois dans le film. Comme si, au fur et à mesure de l'avancée du film, le temps ne s'y déployait plus comme au début. Dans la seconde moitié du film, on se retrouve projeté, dans une autre conception du temps. Ce rapport change, car nombreux sont les gros plans sur le pendule, son mécanisme, l'aiguille qui tourne... La maison semble inanimée, vide de contenu et de sens. La triangularité mains / pinceau / toile change et laisse place aux mains, à la guitare et au pendule. L'accent est mis dans cette deuxième partie du film à un nouveau espace temporel. Le jeu du temps commencera et se finira donc rapidement avec l'arrivée de sa femme, toujours vivante. Le foisonnement des images nous abonne à l'éveillement de nos sens durant tout le film.
Varsovie 1897 / Paris 1953
Entre une mère polonaise et un père français, les 20 premieres années d'Epstein se déroule entre la Pologne, la Suisse et la France. Après une licence en sciences et un intérêt pour la médecine, il s'intéresse à la poésie, à la philosophie et au cinéma.
Avant d'entamer son premier film en 1922 en collaboration avec Louis Delluc: Pasteur, il écrit et publie des essais, des articles... comme Bonjour cinéma, La Lyrosophie, Le cinématographe vu de l'Etna... On le considère tout d'abord comme un cinéphile qui théorise sa passion avant de passer à l'acte.
En 1923 Epstein est pris sous contrat a Pathé, qui lui commande 3 films où "il affirme un style élégant, un sens du rythme obtenu autant par la mobilité de la caméra que par un montage audacieux". Vers la fin des années 20, on le voit s'affirmer aussi bien dans la réalisation et la publication de textes théoriques. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il participe à la première vague avant-gardiste au cinéma: l'impressionisme français (mouvement cinématographique recherchant des formes nouvelles de rythme, d'images par le biais de procédés techniques).
Il réalise en 1928 La chute de la maison Usher, film qui n'aura pas le succès attendu.
Dans la deuxième partie de sa vie, Eptsein se tourne vers un cinéma plus documentaire et laisse ainsi le cinéma d'expérimentation. Il délaisse l'esthétisme de ces débuts pour se découvrir un nouveau regard en complicité avec le monde qui l'entoure.
Résumé:
Allan rend visite à son ami Roderick Usher qui habite un lugubre manoir situé en pleine campagne avec sa femme Madeline. Roderick Usher peint sa femme sans relâche lors de séances de pose qui semblent épuiser cette dernière.
Alors que Roderick peint le portrait de Madeline, celle-ci s’effondre et meurt. Roderick continue de peindre comme si son modèle lui faisait toujours face. Allan le ramène à la réalité et lorsque le docteur annonce à Roderick la mort de sa femme le propriétaire du manoir nie l’évidence jusqu’à s’opposer à ce que le cercueil enfermant sa compagne soit cloué. Allan, Roderick et le médecin emportent le cercueil pour le déposer dans une crypte à quelques pas du manoir.
La vie sans Madeline devient alors monotone et ennuyeuse. L’atmosphère entourant le manoir et ses habitants devient un peu plus macabre et mortifère. Par une nuit d’orage, Madeline réapparaît à son mari qui la rejoint tandis que la maison prend feu puis s’écroule sous les yeux des protagonistes ayant pris la fuite.
Le Gros Plan dans le film:
Le gros plan est une spécificité du cinéma, et de la photographie, qui permet, d'après les avant-gardistes des années 20, de l'affranchir des autres Arts. Comme Epstein le dira par la suite "c'est l'âme du cinéma". On lui attribu des valeurs telles que des forces émotionnelles, une défiguration par grossissement, un révélateur psychique et mental, valorisation ou dévalorisation d'un objet ou d'une personne...
L'émotion que peut provoquer le gros plan vient d'une forme de "fétichisation qui survalorise l'objet" soit de manière négative (dégoût, peur, répulsion...) ou bien de manière agréable (un certain plaisir du pouvoir d'inquisition de l'oeil sur ce qui lui est montré). Le trouble peut venir aussi de l'absence de hors-champ qui nous prive en somme de toutes informations extérieures. D'après Eseinstein, nous pouvons distinguer deux gros plans: celui de l'appréciation de ce qui est vu et celui (américain) qui est lié à la vision. Le premier nécessite de ressortir ce qu'il y a d'essentiel et de plus significatif tandis que le deuxième s'appuie plus sur les conditions physique de la vue, c'est-à-dire que le réalisateur insiste sur un élément important de l'action en passant par le jeu du gros plan. Dans le film d'Epstein, La chute de la maison Usher, nous nous rapprochons beaucoup plus de la première définition. Deleuze parle "d'image-affection" ce qui amène le gros plan à devenir "expression". La matière première du gros plan sert à révéler l'âme des personnages ou des choses, comme si la vie découlait des êtres vers les choses.
Dans le film le gros plan n'a pas de fonction illustratrice, il n'est pas forcément au service du spectateur et de sa compréhension du film. Nous sommes mis en garde dès les premières minutes du film, lorsqu'Allan commence à lire la lettre de son ami; il sort une loupe, objet supposé nous aider à mieux voir certaines informations, pourtant on nous laisse en suspend, on ne peut rien voir, la loupe qui aurait dû être à notre service devient l'objet qui anéanti notre curiosité. On le ressent une nouvelle fois losqu'il découvre et regarde l'arbre généalogique de Roderick, l'objet utile n'émane plus de la loupe mais des intertitres, ce qui devait être lisible devient illisible. L'effet de révélation perd son sens dans ces deux scènes ce qui déroute le spectateur.
Le gros plan à pour utilité, ici, le dégagement d'une entité, "nous ne voyons pas un lâche courrir mais la lâcheté en personne". Epstein parle de "sentiment-chose", le fait que nous ne voyons pas un personnage en train de... mais la "personnification" d'un sentiment, d'une émotion. Le simple fait de voir, par exemple, le personnage d'Usher presque fou devant sa toile, nous voyons en faite la folie elle-même. Usher perd son statu de personnage pour ne laisser transparaitre que la folie.
Epstein considère l'aspect anthropomorphique des choses, l'objet prend la place du sujet tel la peinture qui se veut "vivante" pour Usher. On lui confère un statu d'être vivant. On peut rapprocher la notion de création divine à celle de la création artistique. En effet Usher croit donner vie à son tableau, la main de l'artiste devient la main de "dieu". On constate qu'il y a de nombreux gros plans sur les mains de ce personnage, d'ailleurs c'est la première partie du corps que nous voyons chez lui. D'abord immobiles telle une statue, puis mobiles, elles se crispent, se détendent comme si elles pennaient vie. A la suite du film, elles deviennent essentielles, tout d'abord dans sa frénésie totale de peindre, l'action du mouvement de la main allant de la palette à la toile et de la toile à la palette. Cet aspect est mis en valeur, aussi, grâce à la scène de la mort de sa femme. Au fur et à mesure de son dépérissement, le cadrage se fait plus serré, et avec l'aide des surimpressions, on voit apparaitre, au ralentit, les différentes étapes de son évanouissement, jusqu'à voir un arrêt sur image qui a tout l'air de ressembler à la vierge Marie en négatif; cela donne une note picturale digne d'une photographie ou bien même plus simplement celle d'une peinture achevée. Le caractère religieux de cette scène nous est rappelé sur son lit de mort, évoquant Mantegna Le Christ mort. Nous pouvons parler, dans un deuxième temps, des gros plans de ces mains jouant de la guitare. Cela donne un caractère étrange au film et au personnage, tout d'abord car c'est un film muet puis deuxièment il émane une sorte de mélancolie; on se doute que l'air musical est lent et cela confère un caractère transcendantal, voire mystique. Si nous reprenons le terme d'entité, les mains d'Usher deviennent une expression de l'acte de création artistique et divine.
En général, les gros plans, du film d'Epstein, ne sont pas longs et se succèdent de manière rapide. Ils donnent un rythme visuel; pouvons-nous mettre en rapport la nervosité du personnage principal, à celle du montage? L'importance du mouvement et du gros plan est prépondérante dans ce film. Il permet de voir les sentiments, sensations et émotions... à l'état primaire, on pourrait même dire de façon brut et brutale. Le simple fait de montrer successivement des gros plans du visage d'Usher face à son oeuvre, les allers retours de son pinceau allant de la palette à la toile... on se retrouve dans une triangularité, une sorte de machine répétant sans cesse le même mouvement plusieurs fois dans le film. Comme si, au fur et à mesure de l'avancée du film, le temps ne s'y déployait plus comme au début. Dans la seconde moitié du film, on se retrouve projeté, dans une autre conception du temps. Ce rapport change, car nombreux sont les gros plans sur le pendule, son mécanisme, l'aiguille qui tourne... La maison semble inanimée, vide de contenu et de sens. La triangularité mains / pinceau / toile change et laisse place aux mains, à la guitare et au pendule. L'accent est mis dans cette deuxième partie du film à un nouveau espace temporel. Le jeu du temps commencera et se finira donc rapidement avec l'arrivée de sa femme, toujours vivante. Le foisonnement des images nous abonne à l'éveillement de nos sens durant tout le film.